La vie d'Adèle (Chapitres 1&2)

Synopsis

À 15 ans, Adèle ne se pose pas de question : une fille, ça sort avec des garçons. Sa vie bascule le jour où elle rencontre Emma, une jeune femme aux cheveux bleus, qui lui fait découvrir le désir et lui permettra de s’affirmer en tant que femme et adulte. Face au regard des autres Adèle grandit, se cherche, se perd, se trouve...

 

Critique

Quand un geste simple, un regard dérobé, une émotion dissimulée, la lenteur d'une caresse, le tracée d'une larme, une réaction fugace, parviennent à être saisis et dévoilent la fenêtre de l'âme, on se dit que Kechiche est un maître dans l'art du détail. Et pour maîtriser cet art, il faut savoir prendre son temps.

Portrait voluptueux qui se sublime par sa lenteur, les scènes intenses des liaisons passionnées sont alors des détails dans un océan de fragments minutieusement filmés, qui font la beauté et l’intelligence de ce film.

Décryptage sociologique dans les techniques du corps, les discours et les pratiques, l'oeil du cinéaste capte avec sagacité les grains de poussière qui nous semblent invisibles.

C'est une œuvre précieuse qui parle d'amour, mais pas que, se construisant par l’échafaudage de tableaux triviaux qui font et défont le quotidien. On oublie rapidement que l'accouchement s'est fait dans la douleur, lorsqu'on découvre admiratif, la naissance du bébé.

Si la fin est ouverte, le film l'est entièrement, se promenant tranquillement à travers les étreintes, brisées puis reconstruites qui défilent placidement sur dix ans. L'humour vient à point pour relever les douleurs, inéluctables abcès d'une vie de passions. Kechiche est pointilleux, chirurgical, précis, découpe au microscope les instants du quotidien, il n'en demeure pas moins poète et signe un grand film, car il évoque brillamment une multitude de sujets dont l'histoire d'amour n'est que la trame. L'intérêt de ce film et de découvrir ce qui vient se greffer à l'histoire principale, de porter tout autant d'intérêt à Adèle parlant de littérature, faisant la cuisine, ou découvrant ses premiers émois sexuels.

Et puis ce film ne serait rien sans les talents exceptionnels d'Adèle Exarchopoulos, qui se révèle dans chacune des scènes comme femme et comme actrice, capable de livrer elle aussi d'infimes détails à un réalisateur avide de mettre en lumière, un simple frisson, un coin de bouche qui se plisse juste avant un premier baiser...

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