Un Français : This is (not) England

Synopsis

Avec ses copains, Braguette, Grand-Guy, Marvin, Marco cogne les Arabes et colle les affiches de l'extrême droite. Jusqu'au moment où il sent que, malgré lui, toute cette haine l'abandonne. Mais comment se débarrasser de la violence, de la colère, de la bêtise qu'on a en soi ? C'est le parcours d'un salaud qui va tenter de devenir quelqu'un de bien.

 

Critique

This is not England tout simplement parce que le film de Shane Meadows reste la référence cinématographique de l'univers des Skinheads politisés, This is not England parce que le film de Diastème se passe en France et non en Angleterre, c'est tautologique certes, mais il est primordial de le préciser. Et enfin, This is not England, surtout parce que Un Français, contrairement à son parent britannique de 2006, pêche à de nombreuses reprises dans la forme que prend son récit.

Le film part d'une bonne intention et d'une réelle envie de faire du cinéma, on n'en doute pas le moindre instant, mais il souffre d'un flagrant déséquilibre dans sa narration et de poncifs un peu trop visibles. Là où le discours est convaincant, c'est lorsqu'il tente de comprendre le mouvement des "Skinheads nazis" comme une colère refoulée qui s'exprime dans la haine de l'autre, de la différence, comme un moyen absurde d'exister au sein d'une caste, avec ses lois et ses points de repères contradictoires. Eux-mêmes sont les victimes d'un système excluant et violent envers les petites gens laissées en marge, ils cherchent pourtant par tous les moyens à se distinguer, en trouvant les boucs émissaires de leur colère ; gauchos, immigrés, punks, homosexuels... Et lorsque l'on devine que Marco, le personnage principal, est lui aussi un enfant issu de l'immigration, tous les discours discriminatoires sonnent creux, comme des paradoxes instrumentalisés à des fins politiques scélérates.

Deuxième point intéressant d'ailleurs, c'est ce contraste entre une classe politique bourgeoise, ou de parvenus ayant troqués le crâne rasé, le blue-jean et les Dr.Martens contre un costard et des chaussures cirées, qui récupèrent ces mouvements de haine, en les maquillant, les rendant socialement "acceptables" afin de servir les enjeux électoralistes d'un parti figé dans un imaginaire nationaliste où l'immigration serait la cause de tous les maux de ce monde. C'est toujours la même histoire, on détourne les luttes de classes en luttes intestinales, où l'on se méprise pour une couleur de peau au lieu de lutter communément.

Ici encore, This is England parvenait bien mieux à expliquer ce processus sournois qui permettait de conforter les plus convaincus dans leurs convictions fallacieuses, en les élevant au rang d'acteurs politiques, là où le marketing adoucit les agressions par des campagnes de légitimation, les transforme en opération marketing où les caméras scrutent et diffusent leurs actions. Au lieu de frapper, on discrimine par les mots et les slogans, rien ne change finalement entre le poing et la parole, sinon la forme que prend la haine. Que cela serve de leçon à ceux qui seraient tentés de croire que les partis nationalistes se sont débarrassés de leurs vieux démons, car ils sont, et ce jusqu'aux racines, liés à la rancœur, à la violence et au racisme le plus primaire.

Diastème aurait pu faire de son film, un manifeste contre la popularisation du Front National et surtout de ses discours qui s'infiltrent insidieusement dans les autres partis "modérés" et les médias dominants. Il aurait pu déconstruire un discours aujourd'hui largement reprit par tout une classe politique qui n'a plus que pour leitmotiv le sécuritarisme et la peur des immigrés. Il fait le choix de prendre une autre trajectoire en se focalisant, un peu de manière superficielle, sur un seul individu.

Le problème n'est pas la piste qu'explore le metteur en scène, mais l'incohérence du récit qui s'éparpille dans une seconde partie un peu fourre-tout, ressassant ses plans et ses démonstrations quelque peu dialectiques pour renforcer son propos. Dès lors, Diastème s'égare dans des voies sans issues, enracinant ses personnages dans des figures archétypales, presque manichéennes et noyant le récit de justifications. Le film en perd toute sa vigueur et son rythme, il se dévitalise à mesure que le générique de fin approche.

Un Français est donc un film dévalorisé par ses incohérences et ses lourdeurs de mise en scène, s'il avait pour thème principal la repentance, c'est dans les sujets secondaires qu'il parvient à se montrer plus convaincant. Il en résulte une œuvre inégale et précaire, mais qui ne doit pas déprécier pour autant cette volonté incontestable de prouver que les vieux démons, même sous des formes nouvelles, ne cesseront jamais d'être une menace, dont les discours se structurent autour d'une haine intemporelle.

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