Tom à la ferme : l'habile transition de Xavier Dolan

Synopsis

Un jeune publicitaire voyage jusqu'au fin fond de la campagne pour des funérailles et constate que personne n’y connaît son nom ni la nature de sa relation avec le défunt. Lorsque le frère aîné de celui-ci lui impose un jeu de rôles malsain visant à protéger sa mère et l'honneur de leur famille, une relation toxique s'amorce bientôt pour ne s'arrêter que lorsque la vérité éclatera enfin, quelles qu'en soient les conséquences.

 

Critique 

Xavier Dolan, 25 ans, cinq films à son actif (en content Mommy, encore en postproduction et pressentis à Cannes), acteur, réalisateur, scénariste, producteur, costumier, à quelque chose de fascinant pour certains, d'agaçant pour d'autres ; un talent un peu trop insolent. Et Tom à la ferme ne fait pas exception, sinon dans sa forme et son montage, Dolan a entendu les remontrances dont il était la cible et à cette fois-ci abandonné le confort du long-métrage clippé, pour un résultat plus classique, mais pas moins maîtrisé.

Ayant déjà fait preuve d'une maturité hors du commun dans son tout premier film J'ai tué ma mère, le jeune réalisateur québécois a su maintenir une constante dynamique dans sa filmographie ; un cinéma décomplexé, frais, audacieux, bien dirigé, certes parfois maladroit dans le montage et un peu trop égotiste dans son traitement, mais il vient largement renforcer ses acquis avec ce dernier film aux allures de thriller, en abandonnant son pêché mignon pour un style de plus en plus marqué.

Recyclant les codes du thriller à sa façon, il parvient à rendre hommage au cinéma du genre tout en y apportant sa touche de légèreté et s'extirpe habilement d'une pesanteur trop familière. Se prêtant à cet exercice en voulant démontrer sa polyvalence, il s'inscrit modestement dans les lignes de l'académisme, osant quelques digressions téméraires dans le développement de l'intrigue.

Toujours aussi brillant dans ses plans resserrés, il enferme à double tour ses personnages dans une atmosphère anxiogène et révèle les mystères au compte-goutte, relançant l'intrigue de façon toujours inattendue.

Le refoulement, celui que l'on vit pendant le deuil, celui que l'on subit dans le désir, est au centre de la trame où le mensonge, la manipulation et les rapports de domination deviennent les pièces d'un échiquier où le moindre coup peut s'avérer fatal. Le personnage de Tom, admirablement interprété par Dolan lui-même, victime consentante, se débat dans un piège pernicieux, tout en bousculant le rapport d'influence habituel et faisant du bourreau, un prédateur fébrile et dépendant de sa proie.

Mais il ne s'agit pas que d'un film sur Dolan par Dolan, car les autres comédiens parviennent à habiter leur rôle et la figure omniprésente du réalisateur n'étouffe en rien leur prestance et l'envergure des personnages.

Univers replié, figures ambivalentes pour lesquelles l'on éprouve tantôt de l'empathie, tantôt de la crainte, atmosphère marécageuse aux teintes limoneuses, Dolan a marqué une première rupture dans sa carrière de cinéaste et ne s'est pas loupé lors du revirement, il a su garder la verve et l'impertinence du jeune surdoué et certainement du grand réalisateur en devenir.

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