Still the water ; la poésie tellurique de Naomi Kawase

Synopsis

Sur l'île d'Amami, les habitants vivent en harmonie avec la nature, ils pensent qu'un dieu habite chaque arbre, chaque pierre et chaque plante. Un soir d'été, Kaito, découvre le corps d¹un homme flottant dans la mer, sa jeune amie Kyoko va l'aider à percer ce mystère. Ensemble, ils apprennent à devenir adulte et découvrent les cycles de la vie, de la mort et de l'amour…

 

Critique

Déclamation animiste, mobilisant la poésie tellurique des légendes nippones, le dernier film de Naomi Kawase est une ode élémentaire à la nature et aux drames humains qui s'entrelacent avec les frasques de l'univers. Il relie sans cesse la fébrile trame des parcours individuels au grand-tout cosmique et fait un devoir nécessaire de resacralisation de la nature.

Parsemés de plans sublimes où la puissance mystérieuse de l'eau est le théâtre majestueux de la vie des Hommes, le film souffre toutefois d'une certaine aridité émotionnelle parfois plombante, une aura hiératique qui n'est pas sans rappeler le cinéma japonais traditionnel. Pour autant, le choix de la mise en scène de Kawase sait emprunter les voies de l'onirisme et laisse l'espace nécessaire à un scénario colossal qui habite des thèmes universels comme l'amour et la mort. D'une fascinante beauté lorsqu'elle filme "l'âme" quittant l'enveloppe charnelle des êtres en fin de vie, le film s'apparente à un rituel où Kawase en magicienne, saisit l'invisible dans des plans d'une intelligence filmique rare.

L’œuvre se laisse alors regarder comme la caresse du vent animant les vagues, comme une estampe aux traits subtils dépeignant les méandres lascifs d'une existence ou d'un cours d'eau, puisque Kawase s'amuse à pousser la métaphore entre l'homme et la nature tout au long de son film.

Still the water est un film complet et aboutit, une œuvre de maître un peu frigide, se dévoilant seulement aux plus réceptifs et s'attachant à développer une chronique initiatique parfois un peu trop symbolique et démonstrative. La sensibilité de la réalisatrice n'en demeure pas moins communicative et touchante et son film ne manque pas de mansuétude et d'inspiration.

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