Saint Laurent : la forme sans le fond

Synopsis

Il aurait pu s'agir d'un documentaire géographique sur un célèbre fleuve canadien mais apparemment ce n'est pas le cas. YSL le retour, la même année mais pas avec les mêmes acteurs...

 

Critique

Film très attendu et plébiscité par le public comme la critique, le second Saint-Laurent de l'année saura-t-il revigorer le biopic d'un des plus grands couturiers français ? Bonello nous avait donné l'eau à la bouche avec les mélancoliques et languissants souvenirs de la maison close, esthète chevronné, le réalisateur français n'est pas en reste quand il s'agit d'agrémenter ses plans d'harmonieuses couleurs et de plans feutrés, s'épanouissant dans la beauté plastique de décors toujours très soignés.

Saint-Laurent ne fait pas exception à la règle tant l'image et la scénographie prennent une place importante dans le film, on se délecte alors de la façon dont les espaces sont agencés et investis par les personnages et à quel point la biographie se confond souvent avec le surréalisme et l'onirisme. Bonello s'applique à faire transparaître dans le décor, les émotions enfouies de cet être torturé, génie créatif, insondable sinon par le trait de ses esquisses et les courbes révolutionnaires qu'il sut donner aux femmes. Et pourtant, au fil de la trame, on constatera avec désarrois et lassitude que si l'écrin séduit, le bijou est bien terne.

Aussi beau que vide et sans profondeur, l'exercice de style de Bonello n'a rien de bien singulier et se refuse à la moindre prise de risque, contant bêtement des anecdotes faussement sulfureuses où le symbolisme vire parfois au ridicule d'une publicité pour parfum de luxe. La noirceur du personnage que l'on pensait pouvoir saisir, ne serait-ce qu'un instant, est finalement survolée et le scénario emprunte les mêmes pièges que la grande majorité des biopics ; une recette améliorée branchouille érodant les reliefs asymétriques de l'âme humaine.

On frôle parfois l'éloge publicitaire, le clip long format pour produits de luxe adaptés au cinéma, sous l'effigie du maître, d'une icône, majestueusement incarnée par un Gaspard Ulliel talentueux, faisant preuve d'un mimétisme assez sidérant et d'une touchante conviction dans l’interprétation du personnage.

Drôle d'idée toutefois de voir figurer en sélection cannoise ce soap de luxe esthétisant, d'une fascinante beauté, telle la vitrine alléchante d'un magasin de jouet que l'on aurait dévalisé. Que reste-t-il alors après l'image et la photographie léchée, sinon le bruit du vent dans le désert ?

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