Party Girl : Papillons de nuit

Synopsis 

Angélique a soixante ans. Elle aime encore la fête, elle aime encore les hommes. La nuit, pour gagner sa vie, elle les fait boire dans un cabaret à la frontière allemande. Avec le temps, les clients se font plus rares. Mais Michel, son habitué, est toujours amoureux d’elle. Un jour, il lui propose de l’épouser.

Critique 

Caméra d'Or décernée par Nicole Garcia pour récompenser Party Girl cette année à Cannes, un premier film qu'elle qualifiera de "sauvage et généreux". Dirigé par trois jeunes réalisateurs ayant fait leurs gammes sur les bancs de la FEMIS, la jeune actrice Angélique Litzenburger, rejoue sous l'oeil complice de la caméra de son fils Samuel Theis et en compagnie de ses autres enfants, un passage singulier de sa propre vie.

Fragment d'une existence mit en scène avec mansuétude, Party Girl est en effet un film plein de générosité, naturaliste, puisant son inspiration cinématographique dans la filmographie d'un Abdelattif Kechiche et autres frères Dardenne. Évoquant en pointillés le cadre social d'un univers familial et familier, les réalisateurs extirpent au-delà des limites d'une chronique intimiste, un certain lyrisme et une beauté élémentaire exaltante.

Présentant l'amour comme un choix de déraison, Angélique est un papillon de nuit, déployant ses ailes au crépuscule venu, tournoyant sans cesse autour des lumières flamboyantes des cabarets, dévorant la vie, insatiable. Personnage anormal, étonnant et indompté dans le paysage du cinéma, il saura nous séduire et nous emmener dans un monde feutré, où la liberté passe par le renoncement d'un agencement familial conventionnel, une certaine souffrance à se confronter au monde "réel", celui du jour où la candeur se dissout dans le bain glacial du pragmatisme. Si cette liberté a un prix, elle ne saurait sacrifier l'amour inconditionnel, irradiant mais certes atypique que transmet le personnage à ses proches et au spectateur.

Il faut saluer ce premier film car s'il s'inscrit pleinement dans le registre du cinéma d'auteur, il en renie toutefois l'élitisme et la sécheresse émotionnelle qui le caractérise parfois, il évite soigneusement la trame gluante du pathos et se présente à nous encore brute, précieux et ingénu. Il faut alors le contempler sans subterfuges, sans s’embarrasser d'un intellectualisme pesant et admirer sous la pâle lumière d'une sobriété assumée, une première œuvre très attachante.

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