Only God Forgives : Anti-Drive

Synopsis

Julian vit en exil à Bangkok où il dirige un club de boxe thaïlandaise servant à des opérations de contrebande et au trafic de drogue. Quand son frère Billy est tué, leur mère Crystal arrive dans la ville pour rapatrier le corps. Elle veut venger son fils aîné et force le cadet à trouver l’assassin. Les contacts de Julian dans la criminalité le conduisent directement à Chang, un officier de police à la fois juge et bourreau. Crystal demande que Julian tue Chang, un acte qui va lui coûter cher...

 

Critique

Véritable petit chef-d’œuvre et exercice de style de la part de Refn, aux antipodes de Drive pour le fond, beaucoup plus esthétisant dans la forme : OGF est un concentré intense et exigeant, une fable graphique belle, simple et transcendante. Cette manière précieuse de synthétiser le décor ensorcelant d'une Thaïlande mystifiée sous le regard d'un cinéaste, rappelle un peu le travail de Gaspar Noé lorsqu'il filmait Tokyo dans son sublime Enter the Void. Dans un formalisme tout à fait différent, le film s'inspire dans une certaine mesure, des errances solitaires des héros maudits des films de sabre chinois, même si ici le chevalier vengeur est cantonné à un rôle de sous-fifre impotent. Par ce dispositif, Refn démontre sa volonté de réinventer les genres pour les faire revivre dans l'éclat de la modernité et aussi pour se démarquer le plus possible de son dernier film.

On retrouve plus ou moins le même procédé que dans Drive ; un montage efficace qui alterne scènes placides et instants d’ultra-violence, une musique ensorcelante tout droit sortie du synthé brûlant de Cliff Martinez et un Ryan Golsing figuratif, mais cette fois plus anti que héros, plus victime que vengeur…

Le film est une offrande de cinéphile, un bijou visuel, un travail d'orfèvre où le scénario se matérialise littéralement dans l'image. Refn parvient à créer une harmonie et prouve encore une fois sa grandeur et sa maîtrise ainsi que son goût pour le risque, soucieux de ne pas rester figer dans l'alcôve confortable d'un auteurisme en stagnation. Dans les tabous universels qu'il aborde, non sans mettre à mal le public par ses tableaux morbides à la plastique quasi parfaite, le film s'apparente à une véritable tragédie grecque, où l'horreur transparaît dans un cadre ultra-soigné à la beauté paradoxale.

Scénario apparement inexistant,  la narration s'incarne avant tout dans l'image, une simple histoire de vengeance certes, mais la vengeance a rarement été aussi belle. Les fans de Ryan Gosling n'y trouveront certes pas leur compte, Refn a bien pris soin de saborder toute tentative d'hagiographie et torture ses héros sans aucune mansuétude, il produit un anti-drive où les anges déchus ne sont plus que des pêcheurs fébriles et pathétiques sous le sabre aiguisé de l'absolution.

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