Mommy, fête des mères.

Synopsis

Une veuve mono-parentale hérite de la garde de son fils, un adolescent TDAH impulsif et violent. Au coeur de leurs emportements et difficultés, ils tentent de joindre les deux bouts, notamment grâce à l’aide inattendue de l’énigmatique voisine d’en face, Kyla. Tous les trois, ils retrouvent une forme d’équilibre et, bientôt, d’espoir.

Critique 

Recevoir la récompense en même temps que Jean-Luc Godard est un symbole, un peu trop emblématique pour certains, justifié et mérité pour d'autres, mais laissons les prix et les interprétations à ce qu'ils sont, des babioles auxquelles on porte parfois un peu trop d'importance. En témoin entre la nouvelle et la vieille école, passant un relais à la nouvelle génération, Jane Campion et son jury ont voulu récompenser la fraîcheur du Cinéma de Dolan en miroir à la verve que JLG pu avoir en son temps, en avant-gardiste, en figure incontournable de la nouvelle vague, à ses expérimentations et ayant décomplexé le cinéma. C'est aussi élever un jeune réalisateur de 25 ans au rang qu'il mérite dans le 7e art, reconnu parmi les grands, les légendes du cinéma, pas encore prêt pour une palme d'or, mais pas moins talentueux et prometteur pour l'avenir.

Oui Dolan est grand, son discours le prouve, il tâtonne, s'améliore de film en film, il fait un cinéma générationnel, décomplexé, pop et branché, léger et profond, inquiet et insouciant, conscient, mais avide d'évasion.

Dans ce film, il enferme ses personnages dans un carré étouffant, il pousse les angles pour respirer et les referme quand il est en apnée. Son goût pour l'esthétique stylisée, plus contenu cette fois, brimé par un travail plus académique, plus appliqué, presque assagi (mais pas trop et heureusement), démontre une volonté d'apprendre, de prendre, et de donner. Il n'étouffe en rien un cinéma qu'il veut sensitif, populaire et exigeant, juste, débordant de son cadre, orné de références, celles des imaginaires collectifs, dépoussiérant un peu les vieux greniers de la sélection cannoise qui fait parfois figure de vieille librairie austère qui n'ose plus grand-chose. Et pourtant les plus beaux manuscrits y sont gardés (cette année Paris, Texas ou encore Pulp Fiction étaient à l'honneur, considérés et à juste titre, comme appartenant aux plus grands films de tous les temps).

Film d'actrices, film féministe où l'excellentissime Anne Dorval côtoie une somptueuse Suzanne Clément, donnant la réplique à un surprenant et audacieux Antoine-Olivier Pilon, Dolan est fantastique pour diriger ses acteurs, ils jurent et parlent sans cesse, comme pour remplir le néant des incongruités du monde. Ses acteurs, il semble les aimer au-delà du film et par-delà le cadre. Les femmes de Dolan sont fortes, belles, indépendantes, elles semblent porter le monde sur leurs épaules, les fils sont ingrats, lâches, aimants, aimés et détestables, les figures paternelles absentes, effacées, pathétiques, les hommes invisibles, en second plan. On nage un peu dans un complexe d’Œdipe, on vogue aussi dans les eaux tumultueuses d'une certaine réalité sociale. Après avoir tué sa mère, Dolan la ressuscite et pardonne.

Quelle intensité dans les dialogues, quels portraits, quel hommage aux comédiens, relief incontournable de la filmographie de Dolan où les visages envahissent l'écran de leurs plus subtiles émotions. Ce sont eux qui font le film plus que jamais, Dolan appuie un peu trop facilement sur la gâchette à émotion, il frise parfois le pathos, mais n'y succombe jamais, c'est un cinéma généreux, spontané, authentique, même la maladresse est belle chez Dolan, fébrile et puissante, elle explose tout, à l'image d'une génération qui ne veut plus se contenir.

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