[Critique] Midnight Special : Le secret de l'enfance

Synopsis

Roy, père de famille et son fils Alton, se retrouvent les proies d'une chasse à l'homme à travers tout le pays, mobilisant même les plus hautes instances du gouvernement fédéral...

 

Critique

Après trois longs-métrages remarqués qui amorcèrent un début de carrière fructueux, le jeune réalisateur a su inscrire la singularité de son cinéma avec suffisamment d'audace pour être reconnu et donc attendu à chacun de ses nouveaux projets. L'incroyable Take Shelter aura probablement été le plus marquant, Jeff Nichols esquissant un style bien à lui, arborant avec fierté les codes du cinéma de son enfance, tout en trouvant dans ce lourd héritage, la marche de manoeuvre nécessaire pour scruter son propre cinéma et le révéler comme un terrain d'exploration sans cesse renouvelé. 

Dans Midnight Special, tout comme dans ses films précédants, l'atome familial reste la moelle épinière d'un film dont les enjeux scénaristiques tendent à malmener cet équilibre, les forces extérieures agissant comme de puissantes menaces à la relation qui existe entre les personnages. Ici, c'est l'amour père-fils qui est mis à l'épreuve, obligeant ledit père à surprotéger son enfant contre le reste du monde pour mieux le laisser partir à mesure qu'il gagne en force et en indépendance. Il y a clairement chez le cinéaste une volonté de soumettre ses protagonistes au voyage initiatique de l'enfance, les parents se sacrifiant dans l'abnégation la plus totale en sachant pertinemment que leur progéniture les quittera pour bâtir leur propre monde et suivre leurs rêves les plus insensés. 

La figure de l'enfant n'est autre que ce visage de l'ingénuité, cette immense puissance contenue dans un corps frêle et vulnérable que le monde pragmatique du réel écorche sans ménagement. Midnight Special pourrait donc bien être une simple métaphore du combat d'un père pour que son fils ait le droit de continuer à rêver. Un privilège convoité par beaucoup d'adultes, mais qui les terrifie à tel point qu'ils mobilisent toutes leurs forces pour le contenir et le contrôler à des fins plus rationnelles. Ce fil d'Ariane s'il n'est pas le seul intérêt du film, impose pourtant une certaine continuité dans cette idée mystifiante que le secret de l'enfance serait l'objet de toutes les convoitises et la réponse à tous les mystères.

Car c'est avec ce subterfuge que Jeff Nichols fait tenir son film et ses énigmes, en disposant suffisamment de coins d'ombres dans son intrigue pour éveiller chez les spectateurs ce désir primaire de comprendre le mécanisme de la serrure, sans jamais voir la couleur de la clé. C'est d'ailleurs à ces moments précis du film que l'influence de Steven Spielberg, dont Nichols est un fervent admirateur, se fait le plus sentir, en révélant par à-coups la beauté endiguée par de simples lunettes de piscines bleues, toute la magie insufflée qui ne demande qu'à surgir. La promesse de l'onirisme guide alors le film vers un bouquet final qui, s'il a le mérite de faire dans la grandiloquence des rêves de l'enfance, gâche le plaisir de l'attente dans une démonstration de force quelque peu surannée. 

Midnight Special n'est donc pas une surprise, car il s'applique à refaire l'exercice bien connu qui consiste à bâtir une mise en scène autour d'un médium surnaturel dont l'issu n'est qu'un prétexte au bon déroulement du programme. Cependant, il tire sa force dans la croyance que son metteur en scène investit  en lui, désireux comme toujours de rendre hommage aux schémas de ses prédécesseurs (de Carpenter à Spielberg) pour mieux rêver à son tour et s'émerveiller d'un cinéma qui laisse place au miraculeux. Cette célébration du fantastique n'est pas du tout synonyme de naïveté, c'est d'ailleurs pour cela que les protagonistes rencontrent nombre d'obstacles avant le climax, mais un voeu honorable de voir éclore à nouveau à travers la médiocrité du réel et de ceux qui l'imposent comme tel, les rêves les plus audacieux de l'enfance oubliée. 

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