Lost River de Ryan Gosling : Au carrefour des influences

Synopsis

Dans une ville qui se meurt, Billy, mère célibataire de deux enfants, est entraînée peu à peu dans les bas-fonds d’un monde sombre et macabre, pendant que Bones, son fils aîné, découvre une route secrète menant à une cité engloutie. Billy et son fils devront aller jusqu’au bout pour que leur famille s’en sorte.

 

Critique

C'est à travers de nombreuses références (hommages ?) que Ryan Golsing parvient à se créer un univers séduisant, certes truffé d'imitations à peine voilées, avec les balbutiements propres aux premiers films et le manque de témérité des acteurs devant faire leurs preuves derrière la caméra, et pourtant la qualité de ce premier jet est à la hauteur de toutes les espérances.

Lost River est une association d'images fortes, symboliques, presque expressionnistes, notamment dans la scénographie du cabaret, la porte d'entrée n'est autre que la bouche béante d'une figure démoniaque, la taverne diabolique où s'enfoncent les âmes en peine pour pactiser avec le diable. Tout cela n'est pas sans rappeler la puissance énigmatique d'un David Lynch inspiré et la beauté séculière des lumières fardées de Nicolas Wending Refn. Le réalisateur de Drive semble d'ailleurs être omniprésent ; dans les plans, l’étalonnage, la colorimétrie, les portraits, le séquençage des scènes et l'aménagement du suspens, Gosling est encore trop peu présomptueux pour oser dépasser ses maîtres, mais c'est avec une belle audace qu'il met en pratique son apprentissage auprès des autres et qu'il relève étonnement bien le défi qu'il s'est lancé. En somme, on retrouve une œuvre certes assez peu personnelle, trop humble, mais assez qualitative pour convaincre les plus sceptiques et les cinéphiles avides de belles ébauches.

Il faut dire que le nouveau réalisateur canadien a su très bien s'entourer en demandant des renforts auprès de Benoît Debie, déjà directeur de la photographie pour Gaspard Noé dans Irréverible et Enter the Void, mais aussi pour Harmony Korine dans Spring Breakers. En chef monteur on retrouve Nicolas Leunen déjà présent dans Alabama Monroe, Mariela Comitini comme 1er assistant-réalisateur (The place beyond the pinesBlue Valentine...) et Lon Bender au son (monteur son sur Drive). Bref, un entourage technique et artistique témoignant d'une solide expérience et avec lequel Ryan Gosling a parfois du collaborer en tant qu'acteur sur différents tournages. Si cette assistance très présente (la photographie de Benoît Debie étant particulièrement perceptible) marque intensément le film, il n'en demeure pas moins que cette habile composition est une réussite et c'est avec humilité que la star s'efface au profit des talents divers et variés qu'il emploie dans son film.

S'égarant agréablement sur les plages brumeuses du mystique, Lost River est un bel objet filmique, empruntant un solide référentiel du cinéma d'horreur fantastique, très contemporain et significatif d'une époque bercée par la clarté des néons de la nuit et les sonorités électroniques où le synthé a repris tous ses droits. Dès les premiers instants, le nom du réalisateur s'affiche en superposition des flammes, comme annonce tacite d'un premier film brûlant d'impatience, d'une envie contagieuse de bien faire, de plaire et de démontrer que derrière ses rôles d'éphèbe taiseux, il y a tout d'un cinéphile dont le premier film n'est qu'un don magnanime au panthéon du 7e Art.

Avant tout, on découvre dans Lost River, tout sauf un film d'acteur, et surtout, quelque chose qui laisse présumer le meilleur pour la suite : un regard de cinéaste déjà bien aiguisé, dévoilant dans une première œuvre, une considération sociale noyée dans un onirisme certes un peu "branchouille" et impersonnel, mais diablement attractive.

Dans cette épopée cauchemardesque, fable dualiste confrontant le bien et le mal dans le décor sépulcral d'une ville fantôme, Ryan Gosling fige dans des instants de grâce, la beauté fugace des démons nocturnes où les vicissitudes des protagonistes, se matérialisent en envoûtantes performances plastiques.

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