Léviathan et l'état de nature selon Zviaguintsev

Synopsis

Le Maire d'une petite ville au bord des Barents, souhaite s’approprier le terrain de Kolia, sa maison et son garage. Il a des projets. Il tente d’abord de l’acheter mais Kolia ne peut pas supporter l’idée de perdre tout ce qu’il possède, non seulement le terrain mais aussi la beauté qui l’entoure depuis sa naissance. Alors Vadim Cheleviat devient plus agressif...

 

Critique

Référence directe au livre de Thomas Hobbes, le film d'Andreï Zviaguintsev propose d'explorer les conséquences irréversibles de la corruption sur une modeste famille russe. Pamphlet contre la ploutocratie mondialisée, le réalisateur tisse une toile machiavélique autour de ce père de famille s'empêtrant dans le piège d'un monstre tentaculaire et aveugle, spoliant la démocratie au profit des privilèges individuels.

Somptueusement écrit et mit en scène, Léviathan s'attaque frontalement au pouvoir politique et religieux, prônant des valeurs contraires à ses pratiques immorales et implique le spectateur dans le quotidien d'une famille disloquée par les mécanismes inégalitaires de l'horlogerie mondiale. Le film va bien plus loin qu'un portrait de la société russe, intemporel il questionne le pouvoir dans l'Histoire, universel il donne une voix aux populations extorquées à travers le monde, philosophique il dénigre le droit de nature où l'individu pense user légitimement de son pouvoir pour préserver sa position et son monopole.

Par ses plans majestueux d'une mer de Barents déchaînée, Zviaguintsev considère l'humanité comme ayant stagné à l'état de nature, une société belliqueuse et chaotique où la loi de la violence s'impose au détriment du vivre ensemble.

Dans ses plans d'une beauté austère, il cristallise avec grâce les paysages figés de la comédie humaine, tragédie cyclique et fruit de ce qu'elle engendre, grondements impétueux dans les fonds marins, qui transparaît sur les faciès marqués des Hommes. Une brillante démonstration de la violence symbolique, de sa puissance dévastatrice et de son implacable mécanisme.

Retour à l'accueil