Leones, en boucle

Synopsis

Un groupe d'amis se perd dans une forêt et n'ont pour seuls guides que les sons des éléments environnants, troublants mentors aux chants énigmatiques.

 

Critique

Si Flaubert se lamentait de ne pouvoir écrire sur le néant, Jazmin Lopez ne fera pas mieux avec son film, elle signe tout de même un premier long-métrage ambitieux qui s'attache à mettre en scène l'ennui, l'attente et la lenteur. Parsemé de longs plans séquences aux travellings circulaires, comme une habile métaphore filmique pour dessiner le cycle infernal qu'est la recherche d'un objet perdu ("tourner en rond"), où les doux bruits de l'eau et de la forêt nous troublent par leur ambivalence, tantôt rassurants tantôt inquiétants, ce film envoûte dès les premières minutes, mais ne tient malheureusement pas le rythme tout au long de l'expérience.

On affectionnera tout de même cette photographie bleutée, aux relents de filtres Instagrams (il faut bien l'admettre), un peu dans l'air du temps, sans prise de risque, mais qui s'accouple admirablement bien avec le cadre champêtre de ce huis clos en plein air.

Les personnages étant presque toujours filmés de dos, on sent un danger latent, les codes du film d'horreur surgissent d'ailleurs assez subtilement dans certaines séquences, puis se tapissent dans l'ombre, alors que le groupe avance vers un but qui semble s'effacer au profit du cheminement. C'est là que le film prend des airs de parcours initiatique où la délivrance apparaît tout à la fin, en atteignant la mer.

Il y a un peu de Philippe Garrel dans ces longs canevas minimalistes (La Cicatrice Intérieure, 1972) , une réelle sensibilité tout comme dans Gerry (Gus Van Sant, 2004), à noter qu'il s'agit du même chef opérateur pour Leones, il n'y a donc pas t de hasard.

Bizarrement, là où la magie opère, les tours finissent par lasser, et le minimalisme semble parfois meubler plutôt que jouer un rôle contemplatif. Le film prend alors des allures de grand paresseux qui opte pour la facilité d'une bande-son bucolique sur fond de carte postale.

Belle prestation toutefois, il émane de Leones une réelle sensibilité, un amour pour l'image et un regard intuitif qui n'est pas sans rappeler certains contes pour enfants, avec leurs bonnes fées et leurs monstres tapis dans l'ombre...

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