Le Congrès : réalités virtuelles

Synopsis

"Si une pilule vous permet d'être qui vous voudrez, vous choisirez d'être quelqu'un de connu, un sportif, une star, un musicien, un acteur. Vous ne voudrez pas être le mec d'en face qui est très heureux, marié à une femme géniale avec des enfants extraordinaires. Le seul choix que le progrès offre est d'être dans la vérité dégueulasse ou halluciner sa propre vie jusqu'à la mort... Mais peut-être qu'halluciner est un meilleur choix."

(Ari Folman)

 

Critique

Fable philosophique composite qui oscille entre délires animés et scènes "réelles", Le Congrès est un film qui se vit comme une véritable expérience cinématographique. Loin toutefois d'être une œuvre inaccessibleil réfléchit brillamment sur la prépondérance des technologies et des illusions qu'elles génèrent. C'est aussi un film profondément existentialiste, insistant sur le choix de l'être humain, désengageant tout concept de morale, de bien ou de mal. Comme disait si bien Sartre : "L'existence précède l'essence", il n'y a ni valeurs, ni morales, ni vérités, sinon celles que l'on décide de suivre par choix et qui engagent inexorablement l'humanité avec soi.

Le choix est par ailleurs le thème principal du film. Faut-il admettre la réalité, en accepter les aspects les plus sombres, sans aucun artifice, ou faut-il suivre les sentiers du spectacle, de la possession, des psychotropes et du bonheur imaginaire ? Ne cherchez pas, le film ne vous donnera pas cette réponse, Folman a l’intelligence de ne pas s'imposer en moralisateur ou en prêcheur de la parole sacrée.

Il y a toutefois un regard corrosif sur l'addiction des Hommes aux nouvelles technologies et plus généralement sur ces institutions de cultes modernes unis sous la bannière triomphante du marketing. À l'image de ce personnage parodiant Steeve Jobs dans le film, gourou éloquent d'une secte aux initiés admiratifs. Finalement, fuyons-nous la réalité parce que nous en avons besoin ou parce que de plus en plus de besoins superflus nous semblent indispensables ? Pourquoi souhaitons-nous ressembler aux icônes que l'on vénère, pourquoi tendons-nous vers l'eugénisme et l'uniformisation des pratiques ? Nous aspirons parfois de façon grégaire à vouloir vivre une autre vie que la nôtre et sombrer inexorablement vers le mimétisme et déresponsabilisation.

Folman, dans ses diatribes poétiques et son voyage psychédélique, nous emmène dans des décors somptueux, attirants, envoûtants, à l'image du spectacle et des paillettes vers lesquelles nous allons, préférant ignorer la froideur et l'austérité d'une vie empirique. Et finalement, n'est-ce pas là que se trouve notre salut, dans la quête postiche de nos chimères personnelles ?

N'oublions pas non plus cette méditation très actuelle sur l'évolution des nouveaux médias et du cinéma, toujours plus "performants", toujours plus réalistes, spectaculaires, où l'acteur devient un objet de culte servant le décor et les effets spéciaux, une icône prisonnière de sa propre image, marchandée et vendue à un public toujours plus friand. Le cinéma lui, comme pacificateur de foules, détournant nos pulsions vers des comportements plus normés en nous divertissant.

Le film ne laisse pas indemne, on peut le considérer comme un pamphlet, une réflexion, voir une proposition, et malgré l'aspect inégal et confus qui nous laisse parfois dans l'incertitude, Folman signe un grand film ; original, libre et pénétrant.

"L'idée faustienne du pacte avec le diable. Jusqu’où pouvons-nous aller pour prolonger notre moment de gloire ?" (Ari Folman).

Retour à l'accueil