La Gande Bellezza :  Errances Fellinienes

Synopsis

Dernier film en date de l'italien Paolo Sorrentino, La Grande Bellezza faisait partie de la sélection officielle du Festival de Cannes 2013. Nous suivons durant 2h22 les pérégrinations d'un écrivain italien à travers les mondanités d'une Rome sublime et décadente...

 

Critique

Dès les premiers instants, on est forcé de faire un parallèle entre ce film et La Dolce Vita de Fellini. Rome filmée telle une ville-musée mortifère, vécue à travers les déambulations d'un mondain italien à la soixantaine bien entamée. Malgré les soirées grisantes, savamment mises en scène par Sorrentino, Jap Gambardella (Toni Servillo) n'y croit plus vraiment et observe toute la vacuité de son milieu d'un regard désabusé.

Il vit grâce à la notoriété de son dernier roman qu'il a écrit il y a presque 40 ans et ne trouve plus l'inspiration face au néant de sa vie et aux artifices des soirées qu'il fréquente. "Si Flaubert n'a su écrire sur le néant, comment pourrais-je moi-même y parvenir ?"

On aborde alors avec grande élégance (à l'image des plans majestueux, des travellings survolants la ville, du parti pris esthétique et du personnage principal lui-même) le thème de la créativité au sein des frivolités du monde de l'art, entre champagne et cocaïne, "la grande beauté" se fait discrète, voire invisible quand tout est ritualisé, la vie, mais aussi la mort.

Film parfois très critique sur le déclin de l'art dominant et la médiocrité ambiante des mondanités qui s'y rattache, La Grande Bellezza est un film sensible, fin et envoûtant, qui ne juge ni ses personnages ni leur mode de vie outrancier, mais explore les égarements d'une classe bourgeoise sclérosée par ses propres atermoiements, s'en moque avec un détachement moral bienvenu, s'en amuse en déconstruisant des codes sociaux qui ne sont que de fébriles clôtures au bord du néant.

Rome est si belle la nuit, mystérieuse et immuable, Rome est si belle dans ce film, enfermant en son sein, les artefacts des éminences antiques... Sorrentino en profite pour rendre hommage à une ville qu'il semble idolâtrer, il lui donne une âme et en explore les artères, en décompose l'architecture, relevant la mélancolie des vieilles pierres qui semblent se souvenir et observer la tragi-comédie humaine depuis l'éternité. Il pense l'architecture comme un art à part entière lorsque les murs et les fondations sont possédés des scènes qui s'y jouent, s'y sont jouées et s'y joueront à nouveau à l'avenir. Il filme l'espace et saisit l'invisible avec une invraisemblable maîtrise.

C'est finalement la racine des choses, dans leur simplicité qui est importante, à l'image de cette sœur officieusement canonisée, qui a trouvé le sens de sa vie dans l'humilité et la modestie, ou ce touriste qui meurt d'une crise cardiaque au début du film, subjugué par tant de beauté. On en revient toujours aux premiers amours, à la première image de la beauté, fixée à jamais dans nos esprits, une première fois et pour toujours, sans détour et sans subterfuges et que l'on recherche en vain, toute sa vie, s'entêtant à redécouvrir à travers de multiples échappatoires, l'émoi du premier orgasme, l'authenticité de la grande beauté relative de l'amour...

On pourrait reprocher les références un peu trop lourdes à l'inégalable film de Fellini qui accentuent le manque de personnalité du scénario et des images, ce serait toutefois une grave erreur, car La Grande Belleza réactualise des thèmes universels, propose un cadrage grandiloquent et vertigineux pour en souligner la trame et ne se laisse pas dépasser par son sujet pourtant dantesque. Brillant.

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