L'Avenir de Mia Hansen-Løve

Synopsis 

Nathalie est professeur de philosophie dans un lycée parisien. Passionnée par son travail, elle aime par-dessus tout transmettre son goût de la pensée. Mariée, deux enfants, elle partage sa vie entre sa famille, ses anciens élèves et sa mère, très possessive. Un jour, son mari lui annonce qu’il part vivre avec une autre femme. Confrontée à une liberté nouvelle, elle va réinventer sa vie.

 

Critique

Mia Hansen-Løve signe son 5e long-métrage avec L’Avenir, titre pour le moins ambitieux et qui s’est vu distingué lors de la dernière Berlinale par un Ours d’argent. L’amorce du film est pourtant lestée par des esquisses quelque peu grotesques sur l’engagement intellectuel de ses personnages, présentant d’un côté les rebelles sans cause dépeints au vitriol et de l’autre les conservateurs figés dans leurs schémas de représentation. Et même lorsqu'il s'agit de filmer vaguement le blocage d'un lycée, on assiste à une altercation pour le moins apathique entre les élèves qui veulent aller en cours et ceux qui semblent leur barrer la route. 

La suite du film est un concours d’exposés introduisant à la philosophie et où les théories des auteurs favoris de Nathalie sont lus à voix haute pour venir intellectualiser les vicissitudes de sa vie. Un dispositif réellement intrusif et qui s’installe dans la durée, comme des garanties académiques voire un mécanisme suranné de légitimation. Du mari bourgeois et misanthrope qui ne peut se passer de son Schopenhauer à l’ancien élève normalien qui s’en va faire du fromage dans le Vercors pour changer le monde : les enjeux sont fixés ! Certes l’idée générale du film repose exclusivement sur la liberté rendue à un personnage coincé entre ses convictions de jeunesse et sa petite vie bourgeoise. Toutefois, il aurait été préférable de jouer sur les nuances idéologiques lorsque l’on prétend expliquer le quotidien par la philosophie et la philosophie par le quotidien.

La réalisatrice cristallise ainsi tout du long une vision dichotomique du monde, dans laquelle son personnage principal oscille entre une vie confortable qui se délite et l’aspiration nouvelle d’une jeunesse en quête d’idéal. Si le projet sonne comme une belle promesse introspective, il est sans cesse dénaturé par cette recherche stérile de vulgarisation manquée, dans de petites scènes omniprésentes où l’on se dédouane en citant Pascal ou Rousseau, comme on cite quelques références dans les mondanités par souci de distinction. On ne rappellera pas ici ce que Desproges disait sur la culture…

Il semblerait que Mia Hansen-Løve ait eu pour ambition de saisir la pensée en mouvement et de tenter une définition de la radicalité en confrontant ses personnages. Elle y parvient de justesse, mais pèche par manque de distanciation, composant un petit tableau étouffé par son cadre. Si le film ne s'était pas alourdi de toutes ses références obséquieuses, il aurait alors pris une dimension plus intimiste, on aurait pu alors l'apprécier à sa juste valeur, sans fioritures, comme une oeuvre simple mais intègre. C'est cette prétention d'universalité qui vient plomber le projet initial, mobilisant une bibliographie que l'on cite à défaut de l'exploiter, et ce afin de justifier une certaine forme d'arrivisme intellectuel. Le film se veut oecuménique alors qu'il regarde continuellement le monde par le petit bout de la lorgnette en figeant le réel dans des représentations conceptuelles. 

En dehors de ce regard exigu aussi bien sur l'avenir que sur les enjeux présents, le film trouve un second souffle dans l'évolution d'une femme redécouvrant la liberté dans sa solitude. Beaucoup de plans témoignent d'ailleurs de cette douce mélancolie estivale, où Nathalie se retrouve seule face à son propre avenir. Il y a dans ce portrait quelque chose propre au cinéma d'Éric Rohmer, dans cette manière de définir les personnages par leur métier tout d'abord, puis dans la façon dont ils se recentrent sur eux-mêmes, dans une forme presque nombriliste pour ensuite faire face à leurs contradictions. Mais si L'Avenir est  un film mineur, ce n'est pas par défaut d'inspiration, mais à cause des méthodes outrancières avec lesquelles il pense nous convaincre. 

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