Interstellar : la physique de comptoir par Nolan

Synopsis

Clark Kent et la NASA vont encore une fois devoir sauver le monde, malgré l'apocalypse, les Power Rangers vont commander une happy end sur Amazon, avec pour intrigue principale une partie d’échecs truquée dans le cosmos et des équations insolubles. Mais on s'en cogne, on a un gros casting.

Critique

Énième voyage interstellaire aux ambitions monstrueuses, le dernier film de Nolan ne tient malheureusement pas ses promesses et s’enlise dans de fausses énigmes, multiples impasses scénaristiques, spécialité du réalisateur avec Inception comme figure de proue, qui aime perdre le spectateur sans même pouvoir s’y retrouver lui-même où les explications physiques et psychologiques sont exploitées hasardeusement pour tenter d’expliquer les non-sens d’un fil qu’on perd lors du déroulement de l’intrigue. Faire du faussement compliqué pour creuser les méninges du spectateur dans l’expectative, puis las lorsqu’il découvre le pot aux roses, et ce que l’on pourrait nommer une belle arnaque intellectuelle, un artisanat dont Nolan tend à devenir le spécialiste et dont il a le mérite de dévoiler les ficelles dans Le Prestige.

Tentant de marcher dans les pas de géant de Kubrick, Nolan ne laissera pourtant aucune empreinte, incapable de justifier les acrobaties manquées de son scénario, soignant toutefois la chorégraphie spatiale, mais sans arriver à la cheville d’un Gravity minimaliste et rondement mené.

S’attachant encore une fois à la figure du héros solitaire, élu parmi la foule, enfant prodige du destin qui découvre au bon moment, à la veille d’une mission spatiale qu’il est la clé du problème, tantôt père de famille modèle, fermier bienveillant, spationaute de talent et probablement allergique à la kryptonite, on sombre cent fois dans le pathos bien connu, la boue gluante du sentimentalisme avec derrière, en tâche de fond, les États-Unis d’Amérique, apparemment seuls, encore une fois, à pouvoir sauver l’humanité. On notera toutefois l’effacement des personnages secondaires, véritables faire-valoir, à l’image du fils dont le destin ne semble préoccuper personne, et qui peuplent le film de leurs ombres figuratives.

Jouant sur de multiples rebondissements et autres pétards mouillés pour étirer un peu plus la torture pseudo-intellectuelle, où les maillons sautent en même temps que les ellipses cachent la misère et les illogismes, Nolan ne se réinvente pas, il expérimente sans s’embarrasser d’hypothèses et cache péniblement ses explosions pyrotechniques avec la fumée d’un feu de paille.

Toutefois, la musique de Hans Zimmer sublime certaines scènes parfaitement maîtrisées, petites parenthèses de bonheur synthétique hollywoodien sur fond vert, orgie filmique où le son entrechoque la beauté cosmique du ballet spatial. Du déjà vu, mais un produit dont on ne se lasse pas quand il s’agit de faire du grand spectacle.

On ne peut pas reprocher les errances psychédéliques du réalisateur dans son interprétation de la distorsion de l’espace et du temps, notamment lorsque Cooper se perd dans les abysses du trou noir, au contraire, il aurait même été souhaitable d’aller un peu plus loin dans le délire et le film aurait pu s’octroyer une identité, une marque de fabrique, mais non, on fera le choix peu téméraire de lisser l’intrigue pour fournir une fin un peu plus conventionnelle.

Interstellar malgré son exploitation malhonnête de la physique quantique et du relativisme ne déroge pas aux lois de la gravité, objet massif au casting imposant, il brûle dans l’atmosphère et se perd quelque part, dans l’océan des épaves à gros budget.

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