Hippocrate : plongée en milieu hospitalier

Synopsis

Benjamin va devenir un grand médecin, il en est certain. Mais pour son premier stage d’interne dans le service de son père, rien ne se passe comme prévu. La pratique se révèle plus rude que la théorie. La responsabilité est écrasante, son père est aux abonnés absents et son co-interne, Abdel, est un médecin étranger plus expérimenté que lui. Benjamin va se confronter brutalement à ses limites, à ses peurs, celles de ses patients, des familles, des médecins, et du personnel. Son initiation commence.

 

Critique

Thomas Lilti, lui-même médecin généraliste, dépeint un univers qui lui est familier. Moquant les séries américaines en sapant le romanesque pour une approche plus réaliste, il propose d'inclure le spectateur dans cette routine agitée, celle de jeunes internes, mû par la passion d'un travail et "cette malédiction" d'être médecin. On se retrouve très vite confronté aux difficultés quotidiennes du personnel médical en milieu hospitalier, devant jongler avec un code éthique, des tensions internes et autres jeux d'égos, ainsi qu'une rigueur budgétaire qui paralyse le fonctionnement optimal des services concernés.

L'impact social et sanitaire des restrictions pécuniaires est assez justement dénoncé car il éclate en tant que dénouement, justifiant alors la déroute du protagoniste. Litli nous déroule tout du long une histoire assez simple, sans fioritures, imbriquant les tracas journaliers et les erreurs commises, pour au final faire entendre haut et fort, les conséquences imputables aux gestions technocrates et financières, d'une santé publique sur le déclin et soumise à une logique de profits.

Le film présente donc un intérêt majeur, celui de nous exposer une facette concrète du milieu hospitalier, on pénètre alors les coulisses d'un lieu que nous sommes tous à même de fréquenter, véritable fourmilière où le personnel se doit de faire bien avec peu tout en évitant de déshumaniser et d'industrialiser le processus curatif ; on le voit bien d'ailleurs lorsque deux services se "refilent" cette patiente moribonde afin de libérer des places, il faut alors compter avec une approche rationaliste , tout en interrogeant un sens moral mit à mal.

Si le film ne fait pas l'effort d'analyser plus finement les interactions sociales et dispose d'un scénario qui se veut presque ordinaire, c'est aussi ce qui fait sa force, car il ne s'encombre ni de poncifs misérabilistes, ni d'un héroïsme formaté pour séries à audimat avides de sensations fortes. Lilti filme sobrement, assume la forme de son cinéma et cela lui réussit plutôt bien. Il faut lui reconnaître cette modestie et cette capacité à dédramatiser, tout en prenant le temps de souligner les problèmes préoccupants d'une époque où l'on propose du management pour répondre à des problème sociaux et sanitaires.

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