Maps to the Stars : Exorcisme

Synopsis

Pourquoi dit-on qu’Hollywood est la ville des vices et des névroses, des incestes et des jalousies ? La ville des rêves fait revivre les fantômes et promet surtout le déchainement des pulsions et l’odeur du sang.

 

Critique 

Cronenberg exorcise à son tour Hollywood et trace la carte écornée des espaces qui furent un temps mystifiés puis déchus au rang de sanctuaires démoniaques. Dans un des portraits les plus sombres du Star System actuel, le réalisateur canadien lacère un mythe puis unie ses protagonistes sous le joug de l'inceste. La métaphore est souvent employée pour décrire le microcosme du 7e art : temple sacré du spectacle et de l'image-reine, huis clos où les affaires les plus sordides se règlent en famille, reproduction sociale, adoubement et cooptation, il est même fait référence au plus bling-bling des cultes, non celui de l'argent, mais presque, celui de la Scientologie. Il fallait bien personnifier cette loi quasi naturelle régissant la capitale du cinéma viral, en contant la fable désenchantée des enfants de l'inceste.

Parfois presque lynchéen dans ses invocations des registres de l'absurde, de l'irrationnel et du mystique, on entrevoit la description, pareille à Cosmopolis, d'un monde qui s'effrite et entraîne avec lui sa propre chute. Là où la jeunesse est une fleur qui à peine éclot se voit déjà faner, à l'image de l'enfant-star Benjie Weiss se sentant déjà menacé à 13 ans, après avoir enduré une cure de désintoxication, par un acteur beaucoup plus jeune que lui. Cronenberg réduit l'heure de gloire à une infinitésimale unité de temps et ridiculise ainsi le culte morbide de la jeunesse. Les enfants hantent d'ailleurs les songes agités des acteurs sur le déclin, il faut donc rompre la malédiction.

Le réalisateur poursuit sa route sur la déconstruction du sacré préservant en même temps toute l'aura artificielle de l'opulence et du figuratif, il brûle l'intérieur des édifices en conservant pourtant un esthétisme propre, épuré et maîtrisé, comme pour mettre en exergue notre propre civilisation qui s'effondre sous le maquillage et le faste des belles apparences.

Psalmodiant les vers de Paul Eluard comme une prière ou plutôt comme un rituel de désenvoutement ; la liberté par la folie et par la mort, le feu comme purificateur ultime, asséchant le vice, embrasant les bacilles infectieux du show-business...

Dans ce monde presque impénétrable où l'air vicé corrompt les esprits, Julianne Moore incarne à merveille l'archétype de la victime possédée par le démon de la vacuité où l'image de sa mère, éternelle icône à jamais cristallisée plane sur sa carrière. Plaie omniprésente qui s'incarne dans le beau, les dictats de l'apparence, le Star System lénifiant, infectant la pop culture, la dépossédant de son âme et de sa bienveillance, la réduisant à un vague produit standardisé sur le grand marché du spectacle des ploutocrates invisibles, où les excréments des peoples se vendent à prix d'or (au sens propre du terme).

Cronenberg propose l'une des œuvres les plus noires de sa filmographie, sans ménagement pour son propre milieu et le casting qu'il exploite. Dans un miroir aux dorures affriolantes où le grand temple des rêves échoués abrite les catacombes du mal, celui qui ronge le monde par sa force destructrice, sa beauté diabolique et virale et où s'empilent les étoiles sur le trottoir médiatique du grand Hollywood Bd. Un monde qui s'effiloche et laisse apparaître des fondations pourries, en visionnaire il prédit la chute, plus cruel encore il décortique l'inévitable, ce qui est déjà là, sous nos yeux émerveillés par l'illusion...

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