Youth, la grande laideur

Synopsis

Fred et Mick, deux vieux amis approchant les quatre-vingts ans, profitent de leurs vacances dans un bel hôtel au pied des Alpes. Fred, compositeur et chef d’orchestre désormais à la retraite, n’a aucune intention de revenir à la carrière musicale qu’il a abandonnée depuis longtemps, tandis que Mick, réalisateur, travaille toujours, s’empressant de terminer le scénario de son dernier film. Les deux amis savent que le temps leur est compté et décident de faire face à leur avenir ensemble. Mais contrairement à eux, personne ne semble se soucier du temps qui passe…

 

Critique

Lorsque la singularité d'un artiste devient un pur argument mercantile, on devrait parler de syndrome Tim Burton. Alors que Paolo Sorrentino nous offrait la grande beauté dans son dernier long-métrage, marqué par son admiration pour Fellini, usant d'une grandiloquence esthétique qui sied si bien à Rome, flottant dans les rues de la capitale italienne pour mieux figer dans les espaces de la ville, la beauté mélancolique de la décadence, il s'embourbe avec Youth, dans un grossier onanisme bardé d'autocitations caricaturales.

Tout est laid dans Youth, pas cette laideur recherchée par certains artistes pour faire resurgir au-delà des apparences, la poésie du médiocre, l'onirisme que l'on capte parfois dans la banalité du quotidien, c'est une laideur synthétique qui se prétend gracieuse, une laideur publicitaire, dont l'insignifiance surgit des diktats les plus primaires d'un esthétisme racoleur.

Toute la durée du film, Sorrentino bande les muscles, probablement encouragé par ses producteurs pour montrer à tout le monde ce qu'il sait faire, il consume toute son énergie à faire de pathétiques démonstrations de force qui surgissent hasardeusement dans la narration, telle une coupure publicitaire au milieu d'un programme télévisé. La Grande Belleza utilisait sciemment ce sens de l'esthétique pour montrer qu'avec d'attrayants artifices, on pouvait dénoter de la tristesse et de la laideur, que l'habillage par contraste intensifiait la détresse des personnages qui évoluaient dans un décor magnifié.

Dans Youth, on cherche tout du long à comprendre ce que Sorrentino souhaite nous montrer. Certes le réalisateur italien est toujours obsédé par le vieillissement, l'impossibilité de rattraper le temps perdu, la confrontation inévitable entre les personnages et leur existence au crépuscule de leur vie, mais ses tentatives superflues avortent aussitôt qu'il inonde ses scènes de tableaux criards qui imprègnent toute la narration. Comme si tout cela n'était pas assez indigeste, il s'obstine à entrecouper les dialogues de ses personnages par de grotesques métaphores qui se perdent dans cette course à l'exubérance.

Ce n'est pas non plus le casting qui viendra sauver le navire en détresse, puisqu'au-delà du professionnalisme de ses prestigieux comédiens, la présence des acteurs reste avant tout un argument de vente, des visages familiers qui tentent de vendre un mauvais produit de luxe. Oui le film est "professionnel", conforme, rigoureux, rien ne dépasse, mais rien ne transpire non plus, rien n'émane des images fardées, de l'interprétation désincarnée des acteurs qui suivent à la lettre, un cahier des charges émotionnel et ne vont jamais au-delà de ce qui a été fixé.

Youth combine toutes les inepties de l'art productiviste, il est pétri de condescendance, car certain de ses acquis, convaincu de sa supériorité en se confortant dans la surenchère, il s'exhibe par pêché d’orgueil et s'articule autour de caches-misère, mais il ne suffit pas de maquiller un cadavre pour faire croire qu'il respire encore.

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