Mediterranea, l'espoir d'un ailleurs

Synopsis

Ayiva quitte le Burkina Faso, traverse la Méditerranée et rejoint le Sud de l'Italie. Rapidement confronté à l’hostilité de la communauté locale, sa nouvelle vie s'avère difficile. Mais Ayiva reste déterminé : ici sa vie sera meilleure, quel qu'en soit le prix.

 

Critique

L'Europe s'abrite derrière de grandes palissades, elles sont physiques et symboliques mais n'empêchent pas pour autant l'idéalisation du vieux continent comme une terre d’opulence. Contrairement à son titre, Mediterranea focalise la force de son récit sur l'arrivée des migrants et non sur le voyage en mer. Ainsi la migration est une étape douloureuse vers un point d'arrivée incertain, une terre d'asile qui s'avère bien moins luxuriante que prévu.

Jonas Carpignano n'ouvre pas un débat global ou novateur sur l'immigration, mais s'efforce de mettre en scène le quotidien des arrivants, pour mieux comprendre les causes d'une violence que l'on observe toujours et exclusivement sous la forme de surgissements spectaculaires. En passant tout de même par une odyssée désenchantée, présentant le voyage comme un combat permanent contre les illusions, les personnages accumulent une certaine lassitude qui dérive inexorablement en tension. Si Pierre Bourdieu se débarrassait des faux enchantements pour s’émerveiller des vrais miracles, le réalisateur prend le même chemin que le sociologue en confrontant l'Europe fantasmée avec les faits réels. Finalement, le voyage comme l'arrivée sont tous les deux un combat permanent pour la survie et un saut vers l'inconnu.

Souvent, le cinéma tente de filmer l'immigration avec toujours les mêmes lourdeurs scénaristiques, les mêmes clichés racoleurs et un misérabilisme ambiant qui noie complètement les tentatives d'immersion. Sous couvert de bienveillance et pour capter un public plus large, de nombreux films pétris d'ethnocentrisme tentent de résoudre des problèmes dont ils ne comprennent ni les causes ni les conséquences, et ce avec des solutions scénaristiques qui ne font que propager un discours bien pensant sur l'intégration. En somme, ils reproduisent la pensée dominante qui voudrait nous laisser croire que tout le monde peut s'intégrer s'il le souhaite vraiment. Heureusement Mediterranea est à mille lieux du récit prosélyte et sans se priver d'un sens du rythme qui suscite constamment la tension et l’appréhension, il reste juste à tous points de vue. Ce qui dans un autre genre, fait cruellement défaut à Dheepan.

En couplant son regard désenchanté avec l'optimisme déconcertant de son personnage principal, Jonas Carpignano donne au film une énergie communicative malgré le portrait alarmant qu'il tire sur ce qui n'est autre que l'esclavagisme moderne. Toujours tiraillé entre un espoir irrationnel et un fatalisme accablant, le spectateur ressent de façon diluée, ce dont le corps et l’esprit sont capables pour survivre. Pour renforcer cette ambivalence, le réalisateur va jusqu'à bouleverser la linéarité du périple en matérialisant la rage et le désespoir par le déchaînement des éléments. Ainsi la scène de la traversée en mer est particulièrement admirable par sa maîtrise et son élégante façon de montrer la mort des migrants. À l'aide un dispositif simple et ingénieux, Carpignano utilise les ombres des victimes dans les apparitions clairsemées de la foudre et livre un moment d'une belle intensité. Le film ne tombe jamais dans la stylisation et il renforce ainsi les fulgurances dans sa photographie qui sait intensifier les moments forts.

Présenté en semaine de la critique, Mediterranea fut un des coups de cœur de la rédaction, aussi bien pour la force humaniste qu'il déploie que dans son propos politique, caractéristiques qui semblaient étrangement absentes au sein des autres sélections. Désireux de comprendre les émeutes de Rosario en 2010, le réalisateur s'implique bien au-delà de la réalisation et va jusqu'à intégrer au tournage des migrants ayant vécu ces altercations. Un avantage substantiel pour le film, qui étaye son propos grâce au vécu de ses acteurs.

Entre soif d'idéal, colère et pragmatisme, Mediterranea parvient à synthétiser la fougue et l'ambition du premier long-métrage, certes parfois redondant dans ses démonstrations, mais parsemé de véritables belles idées de cinéma et de nobles intensions.

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