Big Eyes : Avis de recherche, Tim Burton toujours porté disparu…

Synopsis

Big Eyes raconte la scandaleuse histoire vraie de l’une des plus grandes impostures de l’histoire de l’art. À la fin des années 50 et au début des années 60, le peintre Walter Keane a connu un succès phénoménal et révolutionné le commerce de l’art grâce à ses énigmatiques tableaux représentant des enfants malheureux aux yeux immenses. La surprenante et choquante vérité a cependant fini par éclater : ces toiles n’avaient pas été peintes par Walter mais par sa femme, Margaret. L’extraordinaire mensonge des Keane a réussi à duper le monde entier. Le film se concentre sur l’éveil artistique de Margaret, le succès phénoménal de ses tableaux et sa relation tumultueuse avec son mari, qui a connu la gloire en s’attribuant tout le mérite de son travail.

Critique

Quelle mauvaise drôlerie que d’aborder le sujet de l'usurpation, lorsque l’on constate médusé que Tim Burton, film après film est devenu l’ombre de lui-même, un réalisateur dépassé par l’image parodique de son art, un produit photocopié, dont la synthèse se dilue un peu plus dans les eaux plates du cinéma standardisé. Tim Burton est bien devenu son propre faussaire.

Sous le prétexte de l’hommage, le réalisateur américain rempile pour le pire, car depuis Alice et sa déclaration tacite au monde d’avoir abandonné son univers sur l’autel sacrificiel hollywoodien - hormis un léger sursaut dans Frankenweenie où il renouait tendrement avec ses premiers émois - Tim Burton est mort et fabrique à la chaîne le produit dérivé de ses inspirations passées. Ici, il ne fait même plus l’effort de saupoudrer ses prestations désincarnées de la saccharine qui faisait encore croire, dans son plus que médiocre Dark Shadows, à une envie de bien faire, ne serait-ce que par mimétisme des succès enterrés.

Big Eyes est un énième témoignage de son abandon, un film paresseux et translucide qui n’a que pour seul intérêt, celui de rendre justice à Margaret Keane et de dévoiler la très mauvaise farce phallocrate que le monde de l’art a bien failli jouer à l’artiste américaine. Alors qu’il aurait été intéressant et téméraire de pousser un peu plus loin la fable féministe et les égarements du protagoniste (renoncement à la maternité de ses œuvres, ambivalence dans son silence rappelant curieusement une forme alternative du syndrome de Stockholm, la fuite vers la parole douteuse des témoins de Jéhovah…), on assiste à une mauvaise pièce de théâtre où Christopher Waltz agace, même si le personnage s’y prête, par ses grimaces mielleuses et sa performance peu inspirée et où le manichéisme bon marché, certes caractéristique dans le penchant caricatural et expressionniste de Burton, colle à nos yeux anesthésiés par un monde devenu lisse et sans envergure. Et le coupable, à grand renfort de substituts, tente de nous faire croire qu’il n’a pas renoncé à innover.

Si les faits dont il s’inspire ont probablement marqué le réalisateur de Edward aux mains d'argent dans sa carrière, influençant également l’esthétique de son art, Big Eyes est un aveu de faiblesse, un tableau flagrant représentant la période sèche dans laquelle il ne semble plus pouvoir se dépêtrer, enchaînant comme les mauvais rhumes, les productions impersonnelles dont la direction artistique semble avoir été confiée au community manager de l’empire Disney ou Weinstein, c’est selon... C'est assez déplorable de constater cette chute vertigineuse, en doublon avec son acteur fétiche, un Johnny Depp en effet de moins en moins inspiré lui aussi dans les piètres rôles qu'il habite sans passion, à croire que les carrières cinématographiques sont parfois liées...

Alors que la cinémathèque française lui rendait justement hommage en 2012, on avait eu plaisir à rappeler son talent et à redécouvrir le monde fabuleux qu’il s’était bâti pour notre plus grand plaisir. On ne peut que déplorer cette perte progressive de sensibilité qui tend à rendre la filmographie de Burton antipathique au fil du temps, même si l’on ne peut oublier ses contributions au 7e Art, ce serait injuste.

Si les critiques peuvent sembler rances et rancunières à son encontre (et pourtant justifiées), ce n’est que pour mieux espérer un jour son grand retour, en attendant la fin de l’hibernation, une longue absence qui s’éternise un peu trop et qui semble devoir durer avec la réalisation à venir d’un second Alice aux pays des merveilles et d’un autre Beetlejuice. On entend comme le son désagréable d’une main à l’agonie raclant les fonds de tiroir et c’est toujours avec tristesse que l’on observe les géants, se contenter de si minuscules ambitions.

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