L'Astragale : Passions boîteuses

Synopsis

Une nuit d’avril 1957. Albertine, 19 ans, saute du mur de la prison où elle purge une peine pour hold-up. Dans sa chute, elle se brise l’os du pied : l’astragale. Elle est secourue par Julien, repris de justice, qui l’emmène et la cache chez une amie à Paris. Pendant qu’il mène sa vie de malfrat en province, elle réapprend à marcher dans la capitale. Julien est arrêté et emprisonné. Seule et recherchée par la police, elle se prostitue pour survivre et, de planque en planque, de rencontre en rencontre, lutte au prix de toutes les audaces pour sa fragile liberté et pour supporter la douloureuse absence de Julien…

 

Critique

Il s'agit de la seconde adaptation cinématographique du roman éponyme d'Albertine Sarrazin, en effet, en 1969 Marlène Jobert tenait déjà le rôle principal, ici incarné par une Leïla Bekhti qui donne la réplique à Reda Kateb, dans ce rôle de bandit au grand cœur. Brigitte Sy opte pour un noir et blanc sobre, à l'image des costumes, presque intemporels tant leur simplicité est ostensible, la réalisatrice se focalise sur l'amour entre ses personnages et préfère une mise en scène épurée et se refuse à tomber dans le film d'époque. Un choix avisé, car le contraire aurait dissout le film dans un badinage malvenu où le contexte aurait étouffé un propos universel ; celui du manque.

L'histoire débute par une évasion, mais ne montrera jamais l'intérieur presque fantasmé par les personnages du milieu carcéral : un purgatoire entre quatre murs. Mais la prison ici est vécue au jour le jour, dehors, à l'air libre, dans cette relation entrecroisée entre deux êtres animés par une passion inaccessible. Leïla Bekhti est convaincante dans ce rôle de femme libre prisonnière de sa cavale, enchaînée à une fausse identité ne lui permettant pas d'aimer au grand jour.

Dans ces tourments exprimant souvent le manque et l'attente, la voix éraillée, presque fébrile de l'actrice décrit fort bien à travers des élucubrations littéraires (celles des textes d'Albertine Sarrazin donc), certes assez peu subtiles dans leur utilisation trop littéraire et systématique en voix off, mais qui ne manquent pas de lyrisme, le conte passionnel élaboré par la réalisatrice des Mains libres.

Les plans confinés, dans de petites chambres parisiennes ou derrière des comptoirs de café, renforcent cette impression d'enfermement des personnages lorsqu'ils sont éloignés les uns les autres et permettent au contraire, de mieux les réunir dans le cadre lorsqu'ils se retrouvent. Une des scènes finales, face à la mer, libère le champ vers des horizons plus lointains, mais l'histoire originale viendra presque aussitôt écraser l'amour naissant, puisque Albertine Sarrazin décède en 1967. L'ellipse ici, consume instantanément le temps des retrouvailles et dix ans sont occultés par un encart final où l'histoire réelle rattrape la fiction biographique, telle une métaphore impitoyable du temps balayant d'un souffle les années de bonheur.

En souhaitant se focaliser avant tout sur la rencontre de Julien et Albertine et la première année de leur relation, Brigitte Sy intensifie le préambule amoureux et magnifie la romance, mais condense autant sa propre narration et étouffe parfois son film dans un cantique récursif. Une impression d’essoufflement se fait assez rapidement ressentir, ce qui est quelque peu fâcheux lorsqu'il s'agit d'aborder un film sur la passion amoureuse.

Retour à l'accueil