Ni le ciel ni la terre - l'absurdité de la guerre

Synopsis

Afghanistan 2014. A l’approche du retrait des troupes, le capitaine Antarès Bonassieu et sa section sont affectés à une mission de contrôle et de surveillance dans une vallée reculée du Wakhan, frontalière du Pakistan. Malgré la détermination d’Antarès et de ses hommes, le contrôle de ce secteur supposé calme va progressivement leur échapper. Une nuit, des soldats se mettent à disparaître mystérieusement dans la vallée.

 

Critique

Dans Ni le ciel ni la terre, c'est bien le décor qui est le personnage principal du film ; vastes étendues pierreuses qui absorbent les âmes en perdition, il reflète à lui seul la sécheresse d'un conflit qui s'éternise et l'absurdité du vide. Malgré la présence de Jérémie Renier et de Kévin Azaïs, le film ne mise pas sa performance sur son casting - dont la prestation ne marquera pas les esprits - mais les comédiens se mettent au service d'une narration qui prend le contrepied du film de guerre traditionnel. Conflit où il n'y a pas de vainqueurs, la mise en scène s'attache à filmer ces longs moments d'attente où jamais rien ne vient, une forme de contemplation qui enfouit les raisons du conflit et rend l'attente encore plus insupportable et toujours plus absurde. Qu'attendent ces hommes finalement sinon la mort et la disparition ?

Clément Cogitore va alors saisir l'irrationnel comme figure de proue de son film, en emportant son scénario sur les rives du fantastique, il observe la guerre sous ses atours les plus caustiques, lorsque les deux camps ne comprennent plus bien ce qu'ils font ici et ce pour quoi ils se battent. Les disparitions arrivent alors comme des phénomènes métaphysiques qui mèneront les antagonistes à collaborer pour comprendre la curieuse malédiction qui semble sévir dans les deux camps.

La scène des retrouvailles, où les afghans malgré leur infériorité technologique surpassent largement les soldats français en maîtrisant parfaitement l'art du camouflage et les subtilités d'un paysage qui est le leur, est cocasse à plus d'un titre. Les ennemis se toisent et s'accusent mutuellement d'un mal dont ni les uns ni les autres ne sont responsables. Une méfiance bâtie sur des malentendus qui dépassent complètement la raison du conflit. N'est-ce pas finalement l'aphorisme de tous les conflits armés ? Des hommes et des femmes, des civils, des soldats, qui souvent se battent au nom d'intérêts qui ne les concernent plus vraiment.

Ni le ciel ni la terre, parvient assez brillamment à semer le doute et la confusion avec un leitmotiv assez classique au cinéma, mais inespéré dans les films du genre ; celui de forces invisibles qui agissent sur le tangible. Ainsi lorsque la nuit noire encercle les soldats, c'est dans l'opacité que se matérialise le mal, un esprit maléfique que l'on devine faute de le voir. Question universelle que celle de la disparition des corps et des âmes, qui transcende tous les antagonismes et rassemble l'humanité dans une même danse funèbre. Clément Cogitore, comme il avait pu le faire lors de précédents courts-métrages, essaye de tracer une ligne entre le monde des morts et celui des vivants. Il y parvient assez bien malgré un cadrage trop conventionnel et propose finalement un film à la hauteur de ses ambitions.

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