Wild, prendre le large

Synopsis

Après plusieurs années d’errance, d’addiction et l’échec de son couple, Cheryl Strayed prend une décision radicale : elle tourne le dos à son passé et, sans aucune expérience, se lance dans un périple en solitaire de 1700 kilomètres, à pied, avec pour seule compagnie le souvenir de sa mère disparue… Cheryl va affronter ses plus grandes peurs, approcher ses limites, frôler la folie et découvrir sa force.Une femme qui essaye de se reconstruire décide de faire une longue randonnée sur la côte ouest des Etats-Unis.

Critique

Marchant dans les pas de géant de l’ode à la liberté qu’était le Into the Wild de Sean Penn, Jean-Marc Vallée se risque à une conjugaison narrative qu’il est difficile de mieux décliner, d’autant plus que le libellé « inspiré d’une histoire vraie » tend à être un peu trop redondant et ne semble plus aussi bien opérer qu’autrefois pour les initiés du genre. Cependant, on ne rappellera jamais trop que les « faits réels » dont les scénarios s’inspirent ne seront jamais garants d’œuvres de qualités.

Le film parvient tout de même à tenir en haleine le spectateur avec une tension convenablement amenée, elle suscite l’envie de rester et de savoir si l’héroïne, jeune féministe attachante usée par les vicissitudes de la vie, arrive au bout de son voyage initiatique.

Le réalisateur de Dallas Buyers Club tombe malheureusement dans son propre piège, usant sans parcimonie et un peu grossièrement de la métaphore du calvaire, comparaison bien trop souvent appuyée et mettant sans cesse en parallèle le passé agité de Cheryl, avec le périlleux défi qu’elle s’est fixé.

C’est donc sans grande originalité qu’une voix off matérialise à l’écran les cas de conscience de l'héroïne et s’impose dans les longues introspections censées être contemplatives, d’autant que le cadre se prêtait ici parfaitement au silence. Même en passant sur les flashbacks larmoyants, trop démonstratifs et les citations polluant le cadre à plusieurs reprises, on constate malheureusement que la réalisation s’enlise dans une certaine paresse filmique, une reproduction des codes trop convenue, Jean-Marc Vallée ne cherche pas à se démarquer ou à élever son film, il se contente de chemins balisés et de trop nombreux poncifs.

En l’occurrence cela ne pénalise en rien la qualité de l’histoire et le vibrant discours qui y est défendu, resacralisant les choses simples de la vie, l’importance de la redécouverte de l’Homme et de son environnement naturel, questionnant les nécessités de la pénitence, des épreuves et la vitesse relative de la guérison…

Mais Into the Wild, car Wild semble bien en emprunter gauchement le rythme, l’accent et au passage une partie significative du titre, avait cette sensibilité et cet aspect vertigineux dans le sens où il questionnait l’homme au sein de sa structure sociale, le héros faisant l’éloge grandiose de la marginalisation volontaire et mettait en exergue les dysfonctionnements systémiques, il touchait au passage des thèmes d’une grande portée humaniste et collective comme la redécouverte de l’amour, de l’amitié et de la confiance en l’autre. Il s’agit en effet de deux histoires différentes, mais la comparaison est intéressante, car elle souligne les erreurs du film de Jean-Marc Vallée.

WILD se focalise justement trop sur son héroïne, et donne l’impression d’un combat individuel où les rencontres sont évincées au profit de la lutte nombriliste d’un seul personnage avec les fils croisés de son existence et à laquelle on peine parfois à s’identifier. C’est certes tout à fait digne d’intérêt et l’aventure de Cheryl Strayed, force le respect et fascine sans aucun doute, mais il manque cette portée universelle qui fait l’emprunte des grands films de « voyage », cette connectivité mystique entre le soi et le reste du monde.

Cela n’est pas dû à l’histoire originelle, mais justement aux choix de réalisation qui étouffent le film dans un parcours trop linéaire, lissé par des contours sans aspérités, usant d’une mise en scène trop mécanique, propre, et qui du fait, banalise et dévitalise une expérience singulière, et la transforme en un objet un peu impersonnel.

WILD ne réinvente rien, il se contente de raconter une belle histoire, sans grands atouts scénaristiques et narratifs, mais embrasse une thématique qui saura séduire les amateurs de grands airs, ceux qui y voient l’occasion de mener des quêtes personnelles et des rites de passage ambitieux.

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