La Vénus à la fourrure : Soumission(s)

Synopsis

Thomas, metteur en scène dans un théâtre parisien, désabusé après un casting long et peu fructueux, voit débarqué Vanda, véritable trublion, qui insiste lourdement pour pouvoir passer l'audition. Elle n'a rien de ce que Thomas imagine ; elle semble vulgaire, disgracieuse et malavisée pour le rôle. Pourtant lorsqu'elle récite le texte, elle semble comme se métamorphoser... Ce qui devait être une rapide audition devient un jeu de théâtre dangereux, où fiction et réalité deviennent indissociables...

 

Critique

Si l'exceptionnelle prestation du duo Seigner/Amalric n'est évidemment pas innocente à cette réussite, il faut largement souligner l'intelligence d'écriture et la virtuosité dont le réalisateur fait preuve. On vogue ainsi dans les méandres pernicieux d'une double mise en abyme dont use et abuse Polanski avec maestria, s'en suit alors des dialogues ambigus, incisifs, comiques et extrêmement bien écrit, où la pièce prend le pas sur la réalité, ou est-ce l'inverse ?

Dans un enchevêtrement de réflexions sur le contrôle et la soumission, Polanski évoque avec justesse la dualité et ses jeux sadomasochistes. Il dépeint cette relation particulière entre un acteur et son metteur en scène, l'ascendance que peut avoir ce dernier sur le premier, puis cette frontière poreuse où le lien de domination n'est plus qu'une interdépendance, la soumission une position désirée et consentie, le contrôle un pouvoir qui bascule d'une main à l'autre. Si l'acteur est l'esclave d'un texte ou d'un dramaturge, il est aussi celui qui s’approprie le rôle et lorsque cela est fait avec talent, alors le metteur en scène, supposé diriger, n'est plus maître de ce qu'il a engendré. C'est un concept bien connu et un usage brillant de la dialectique hégélienne, en décrivant l'emprise que l'esclave peut avoir sur le maître, le créateur sur sa créature...

D'un autre point de vue, on s'attache à décrire l'aspect sexuel et affectif entre humains, celui de deux amants, le film dévoile alors des couches multiples avec leurs histoires bien distinctes, on y évoque l'omniprésence de l'impact social qui façonne les individus et leur corps, la construction des mœurs, le contrôle des pulsions et des désirs...

Dans l'intimité et la séduction, le jeu prend une ampleur dont le contrôle échappe totalement aux protagonistes, il devient indépendant, imprévisible, sans exutoires et donc dangereux et désirable. L'amour ; n'est-ce alors que deux personnes jouant à se faire souffrir, l'un tentant de prendre le contrôle sur l'autre ; le plus faible malheureux/heureux de sa condition, le plus fort devant supporter son addiction pour le pouvoir, maître virtuel d'un être dépendant à la souffrance... Qui est le moins enviable ? Qui a le contrôle ?

Dans ces phases d'interprétation de la pièce, Vanda décrit grossièrement mais avec simplicité ce que Thomas ne sait exprimer avec des termes complexes, il se voit déposséder de son œuvre, de son corps et de ses envies, il se laisser guider et devient spectateur d'une fable qu'il a lui-même inventé, il devient ses personnages malgré lui, il n'est plus qu'un instrument, une partie du décor...

Ce décor, minimaliste, est d'ailleurs extrêmement bien exploité, quelle audace que d'utiliser les éléments d'une scénographie aux antipodes de la pièce qui doit être jouée, cela brouille un peu plus les pistes entre les différents tableaux qui se superposent et laisse place à l'imagination ; une pièce surréaliste qui se joue dans plusieurs dimensions spatiales et temporelles.

Décidément quelle surprise de fin d'année que ce film élaboré, foisonnant de bonnes idées, de finesse et d'impudence. Pas une fausse note dans cette démonstration soignée, élémentaire, mais qui explore un univers nécessitant de multiples relectures. Exercice difficile mais parfaitement maîtrisé : pas de doute c'est un chef-d’œuvre

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